Michael se trouvait de nouveau dans l'immensité silencieuse de cet espace infini, un endroit qui ne semblait appartenir à aucun monde, où le temps lui-même semblait se dissoudre. C'était un endroit où les questions semblaient se perdre, écrasées par l'énormité du vide. Pourtant, il n'avait plus la même impression d'être un étranger ici. Il n'était plus l'être perdu qui se demandait pourquoi il était là. L'acceptation avait pris place, et avec elle, la volonté de comprendre et de maîtriser ce qui l'entourait.
Les entités primordiales continuaient leur existence en dehors de son champ de vision, et il les observait parfois, mais sans interférer. Sa présence demeurait invisible, aussi silencieuse que l'immensité de l'espace qui l'entourait. Au fond de lui, Michael savait qu'il ne serait jamais une partie de ce monde. Non, ce monde n'était pas fait pour lui. C'était un univers ancien, au-delà de la compréhension humaine, un monde où les lois étaient encore en train de se forger, où chaque mouvement avait un but profond, caché dans l'abîme de l'histoire.
Mais une chose avait changé en lui : il n'était plus spectateur. Il s'était tourné vers l'énergie qui semblait à la fois omniprésente et insaisissable, une force qui vibrait autour de lui, qui le frôlait, mais qui restait encore hors de portée. Il en avait ressenti la puissance, il avait entrevu son potentiel, et pourtant il savait qu'il ne pourrait jamais en prendre le contrôle d'un seul coup. L'énergie qu'il appelait autour de lui était fluide, désordonnée, mais pleine de promesses. Elle n'était ni bonne ni mauvaise, simplement… là, prête à être exploitée, mais pas encore totalement maîtrisable.
Les premiers mois, ou peut-être des siècles, s'étaient écoulés dans cette quête de compréhension. Michael avait appris à observer avant d'agir. Le chaos de l'énergie, dans sa forme brute, était fascinant, mais il n'était pas encore prêt à y plonger de manière irréfléchie. Il savait qu'il lui fallait établir des bases, des principes, des règles simples, mais efficaces, sur lesquelles il pourrait construire.
Sa première réflexion fut évidente : l'énergie ne pourrait jamais être maîtrisée de manière brute, par la force. Cette énergie qui flottait autour de lui, qui se faufilait entre ses pensées, devait être guidée, non dominée. Cela ne signifiait pas qu'il devait lui céder, mais qu'il devait comprendre sa nature avant de tenter quoi que ce soit. Si cette énergie était aussi fluide, aussi mutable, il devait l'accepter comme elle était, non comme il voulait qu'elle soit.
Michael se remémorait ses études dans ses vies passées, ses lectures, ses théories. Il avait toujours été un observateur du monde, et cela ne semblait pas changer ici. Il devait observer, tester, et tirer des conclusions à partir de ses expériences. Ses connaissances étaient limitées par son ancienne vie, mais ici, il avait tout le temps nécessaire pour expérimenter, pour apprendre. Il n'y avait pas de pression. Pas de règles figées. Un vide infiniment malléable.
Il commença par établir des formes simples, des structures qui pouvaient servir de fondations. Il dessina mentalement des lignes, des courbes, des structures imaginaires dans l'espace autour de lui. L'idée était de créer des schémas, des sortes de canaux qui guideraient l'énergie, de la rendre plus contrôlable, prévisible. Ces premières esquisses étaient maladroites. L'énergie réagissait comme une rivière déchaînée, déformant ses intentions, brouillant ses efforts. Pourtant, chaque mouvement semblait un peu plus contrôlable, un peu plus ordonné.
La première véritable « victoire » se produisit lorsqu'il réussit à faire couler un mince ruisseau d'énergie, juste un fil ténu, à travers un de ses schémas. Cela ne ressemblait pas encore à un grand pouvoir, mais c'était un début. Un petit fil de lumière s'écoulait lentement, comme une rivière qui prendrait forme dans un terrain encore en construction. Cela lui apporta une satisfaction étrange, une sensation d'accomplissement. Il ne contrôlait pas encore l'énergie, mais il parvenait à l'orienter, à lui donner une direction.
Michael fit une pause et observa son travail. Ce n'était qu'un début. L'énergie restait instable, incertaine. Il lui fallait une structure plus solide, quelque chose qui pourrait résister à l'imprévisibilité de la force brute. Deuxième principe : pour maîtriser cette énergie, il devait d'abord la comprendre. Il devait être patient, appliquer les règles qu'il venait de définir, mais sans précipitation. Chaque petit progrès, aussi insignifiant qu'il fût, était un pas vers la maîtrise. Il savait que l'énergie ne serait pas maîtrisée du jour au lendemain, mais la persévérance pourrait finir par porter ses fruits.
Avec cette idée en tête, il commença à imaginer d'autres formes, plus complexes cette fois. Il n'agissait plus en improvisant, mais selon une logique stricte, un enchaînement d'étapes bien définies. Les lignes se faisaient plus nettes, plus précises, formant des maillons entrelacés qui, ensemble, pourraient guider l'énergie avec une plus grande précision. Chaque tentative renforçait son idée : l'énergie devait être dirigée, mais pas contraignante. La structure qu'il mettait en place ne devait pas brider la liberté de l'énergie, mais lui offrir un chemin pour s'écouler.
Troisième principe : l'énergie devait être traitée avec respect. Elle n'était pas là pour être utilisée à outrance. Il lui fallait un équilibre. Un point d'équilibre fragile, entre l'ordre et le chaos. Ce n'était pas un combat de force, mais un dialogue entre l'intention et la réalité. La structure qu'il créait devait être fluide, adaptable. L'énergie ne pouvait pas être capturée et emprisonnée de manière permanente. Elle devait pouvoir circuler librement, tout en respectant les canaux qu'il lui offrait. C'était ce qui créerait la stabilité.
Au fur et à mesure que les jours (ou peut-être les siècles) passaient, Michael commença à sentir une connexion plus forte avec l'énergie. Il ne s'agissait plus de simplement l'apprivoiser, mais de comprendre son rythme. Chaque vibration, chaque pulsation semblait lier un peu plus cette énergie à lui. Il ne pouvait pas encore la maîtriser totalement, mais il était capable de l'orienter, de l'influencer, de la guider.
Finalement, il eut un autre moment d'introspection. Peut-être n'était-ce pas la maîtrise de cette énergie qu'il devait rechercher, mais plutôt la compréhension de son propre rôle dans ce monde. Si l'énergie était une force omniprésente, fluide et primordiale, alors peut-être que c'était lui, Michael, qui devait être le canal par lequel elle passerait. Il n'était pas destiné à imposer sa volonté sur elle, mais à l'accepter, à l'aider à se déployer dans l'ordre naturel des choses.
Le chemin était encore long, semé d'embûches, mais il avait fait un pas important. Un pas qui le rapprochait un peu plus de ce qu'il voulait être, sans vraiment savoir encore ce que cela signifiait