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The prince of madness

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Synopsis

Chapter 1 - La Petite Famille

La plume de Marie glissait doucement sur un papier jauni, de mauvaise qualité. Dehors, des gouttes de pluie frappaient les fenêtres de leur demeure en ruine.

Le plafond, fissuré, laissait s'échapper des filets d'eau. Ces gouttes rejoignaient des flaques qui s'étendaient lentement sur le sol.

L'odeur du bois pourri imprégnait la maison.

La pièce était éclairée par une lampe à huile accrochée au mur. Sous la lumière vacillante, les ombres dansaient, donnant à la pièce une atmosphère morne et pesante.

Jeudi 20, 1658

« Aujourd'hui, comme tous les autres jours, mère n'est pas rentrée, nous laissant dans cette maison… si on peut encore l'appeler ainsi. »

Marie marqua une pause. Son soupir résonna dans la pièce vide.

« Cela fait combien de temps que je ne l'ai pas vue ? Deux ans ? Trois ? La dernière fois, elle paraissait encore plus fatiguée que d'habitude. Peut-être que c'est mieux ainsi. Si elle revenait, je ne sais pas si je pourrais encore la regarder et la considérer comme ma mère.

Anne est celle qui fait désormais tourner cette maison. Elle prend soin de nous… mais qui prend soin d'elle ?

Marguerite et moi ne cessons de lui demander de se reposer. Elle dit oui, mais cela fait combien de temps qu'elle n'a pas pris de congé ? Heureusement qu'Arthur et Michael travaillent au port pour alléger les dépenses. Mais même ainsi, nous peinons à stabiliser notre situation misérable.

Je le sais. Même s'ils refusent tous de nous en parler. Marguerite et moi avons essayé de chercher du travail… mais ils nous en empêchent, sous prétexte que nous sommes trop jeunes. »

Marie fit une pause.

Silence.

Puis—

BAM !

Marie sursauta. La plume dérapa, laissant une traînée d'encre noire sur le papier.

Elle se retourna brusquement, le cœur battant. Mais une voix joyeuse, pleine de malice, brisa le silence.

« Hehe, tu m'as encore repérée ! »

« Marguerite ! » s'écria Marie, fronçant les sourcils. « Combien de fois t'ai-je dit de ne pas me faire peur comme ça ? J'ai failli faire une crise cardiaque ! »

Marguerite éclata de rire. Ses yeux bleus brillaient de fourberie.

« Je n'y peux rien, c'est plus fort que moi. »

Marie soupira longuement avant de se lever. Face à elle, sa sœur jumelle lui renvoya son propre reflet : même chevelure blonde et longue tombant sur leur dos, même regard bleu profond. Une beauté saisissante, ternie seulement par la pauvreté de leurs vêtements.

Marie plissa les yeux.

« Attends… Tu portes ma robe, là ? »

Marguerite eut un sourire malicieux. La robe noire, usée et déchirée par endroits, recouvrait sa silhouette.

« Ce qui est à toi est à moi. »

Marie détourna les yeux, préférant ne pas répondre. Elle avait cerné Marguerite : la jeune fille aimait la pousser à bout.

« Pourquoi es-tu venue ? »

« Arthur m'a envoyée te chercher. C'est l'heure du cours du soir. »

« Ah, j'avais oublié. »

« Ça se voit. Qu'est-ce que tu écrivais pour oublier tout ce qui t'entoure ? » demanda Marguerite avec curiosité.

« Un journal intime. Ça ne le serait plus si je te le disais. Allons-y, Arthur doit nous attendre. »

Dans la pièce voisine, un jeune homme était assis sur une chaise bancale. Ses cheveux noirs en bataille lui tombaient sur la nuque. Mais ce qui frappait le plus, c'étaient ses yeux. L'un, noir comme l'abîme. L'autre, bleu comme la glace.

Des vêtements sombres, usés et troués, recouvraient sa silhouette élancée.

Lorsque les jumelles entrèrent, il releva lentement la tête.

« Vous êtes enfin là. J'ai tout préparé pour commencer la leçon. Avant que Michael ne rentre du port, nous avons le temps. »

« Sur quoi portera la leçon aujourd'hui ? » demanda Marie, les yeux brillants d'excitation.

« L'écriture. »

Marguerite haussa les épaules.

« Encore ? On a déjà fait ça hier… »

Arthur posa sur elle son regard.

« L'écriture est la chose la plus précieuse dans ce monde. Grâce à elle, on communique, on accède à la connaissance. C'est la clé de votre avenir. Après tout… combien de personnes connaissez-vous ici qui savent lire et écrire ? »

Un silence suivit ses paroles. Puis il reprit, d'un ton ferme :

« L'écriture, c'est un trésor. Un avantage considérable. Et nous devons le préserver. »

Marie acquiesça vivement.

« Il a raison. C'est un trésor que nous devons peaufiner. »

Arthur lui adressa un sourire discret.

Marguerite, elle, détourna les yeux.

« Je suppose que vous avez raison… »

La leçon débuta. Arthur leur fit réciter les règles de grammaire, conjuguer des verbes et lire des textes d'histoire. Même Marguerite, d'ordinaire si distraite, semblait absorbée par ses explications.

Le temps s'écoula sans qu'ils ne s'en rendent compte.

Mais lorsque la leçon prit fin, Michael n'était toujours pas rentré.

« Que faisons-nous maintenant ? » demanda Marie. « On l'attend avant de dîner ? »

« Oui. Mieux vaut manger ensemble. »

Marguerite soupira, croisant les bras.

« Dans ce cas, on fait quoi ? »

Marie réfléchit un instant.

« Et si nous sortions ? La messe de Notre-Dame du Ciel ne va pas tarder. Voir les gens se presser à l'église est toujours divertissant. »

« Mais il pleut, » rétorqua Marguerite.

Arthur jeta un coup d'œil par la fenêtre. Son regard se radoucit.

« En réalité… il ne pleut plus. Haha. Vous étiez tellement absorbées par le cours que vous ne l'avez même pas remarqué. Cela me fait plaisir. »

« Eh bien, dans ce cas, allons-y ! » s'exclama Marie.

Et c'est ainsi que le trio s'aventura hors de la maison délabrée, en direction de Notre-Dame du Ciel.

…..

Dans les rues de Blackmoor, l'air était encore humide. Des flaques d'eau étaient visibles sur les routes, et le ciel, assombri, laissait peu à peu apparaître la lune.

Arthur, Marie et Marguerite marchaient en direction de la plus grande église de la ville. C'était Marie qui avait proposé cette sortie, affirmant que le spectacle serait bien plus intéressant là-bas. Après tout, dans cette église, toutes les classes sociales se mélangeaient. Il n'y avait ni discrimination ni privilège, seulement des gens venus prier leur Dieu.

Mais au fil de leur avancée, le trio remarqua qu'il croisait de plus en plus de croyants, tous se dirigeant vers la cathédrale.

« Y a-t-il un événement particulier aujourd'hui ? » demanda Marie, visiblement étonnée par la foule qui se formait.

« C'est vrai ça… Pourquoi y a-t-il autant de monde ? » renchérit Marguerite.

Arthur tourna légèrement la tête vers elles, un sourire en coin.

« Vous ne le savez pas ? Je pensais que c'était justement pour ça que vous vouliez sortir. »

« Donc… il y a bien un événement spécial ? » répondit Marie, un brin confuse.

« En réalité, non. Je l'ignorais. J'ai simplement proposé l'idée parce que j'aime écouter les chants de l'église. Toutes ces voix chantant à cœur ouvert… c'est un vrai spectacle. »

Arthur ralentit le pas, les observant tour à tour.

« Dites-moi, les filles, quel jour sommes-nous ? »

« Nous sommes jeudi. Jeudi 20 mars, » répondit Marguerite.

Arthur esquissa un sourire, comme s'il venait de confirmer une pensée.

« Et que se passe-t-il le jeudi 20 mars ? »

Marie et Marguerite se regardèrent sans comprendre.

« C'est le jour des donations, » expliqua Arthur. « C'est une journée où chaque croyant de la Dame du Ciel doit donner de l'argent pour aider son prochain. Même un simple centime suffit. Mais pour eux, c'est une obligation spirituelle. Voilà pourquoi tout le monde se rend là-bas aujourd'hui. »

« Je vois… » répondit Marie, semblant vouloir poursuivre sa réflexion, mais Marguerite l'interrompit brusquement.

« Attendez… Ce n'est pas Michael, là-bas ? »

Arthur et Marie se tournèrent instinctivement dans la direction qu'elle indiquait. Ils hochèrent la tête à l'unisson.

« Allons-y, » dit Arthur sans attendre.

Le trio se hâta.

Michael avait une apparence semblable à celle d'Arthur : de longs cheveux noirs bouclés, des yeux bleus aussi profonds que ceux de ses sœurs. Il était beau, plaisant à regarder, même vêtu de ses habits de travail couverts de suie et de poussière.

Mais ce qui attira surtout l'attention du trio, ce fut la femme à ses côtés. Une femme aux longs cheveux noirs.

Michael, un genou à terre, semblait en pleine tentative de séduction.

« Quoi ?! Encore en train de draguer une autre femme ? » s'exclama Marguerite, avançant d'un pas déterminé.

« Tu n'en as pas marre de courir après toutes les femmes que tu croises ? » lança-t-elle, agacée.

La jeune femme à qui Michael parlait s'arrêta net. Son sourire s'effaça.

« Quoi ? Draguer toutes les femmes ? » répéta-t-elle, visiblement vexée.

Elle se retourna brusquement et s'éloigna sans un mot de plus.

« Attends, Julie ! C'est toi la seule qui compte ! » s'écria Michael en tentant de la rattraper.

Mais la jeune femme ne daigna même pas se retourner.

Michael se tourna alors vers ses sœurs, le regard plein de tristesse.

« Marguerite… J'espère que tu es fière de toi. Tu viens de détruire mon unique chance avec Julie… »

« Oh, arrête donc. C'était la combien déjà, cette semaine ? Je ne peux même plus les compter, » rétorqua Marguerite en croisant les bras.

Michael se tourna vers Arthur, qui venait d'arriver aux côtés de Marie.

« Toi, au moins, tu comprends, pas vrai ? Ce genre de choses… seuls les hommes peuvent saisir. »

Arthur afficha un sourire forcé.

« Oui, bien sûr… seuls les hommes peuvent comprendre. »