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Chapter 4 - Le Fragment Tombé des Cieux

Le soleil naissant baignait le village de Valbrun dans une lumière douce, dorant les toits de chaume et les champs environnants d'une lueur paisible. Le chant des oiseaux se mêlait aux premiers bruits du quotidien : le grincement d'une roue de charrette, le martèlement lointain d'un forgeron, les rires d'enfants déjà levés.

Kaël ouvrit les yeux, réveillé par les premiers rayons filtrant à travers les volets de bois. Le parfum familier du pain chaud flottait dans l'air, un rappel du foyer simple mais chaleureux dans lequel il avait grandi. Sa maison était modeste, construite de pierres grises et de poutres de chêne, mais chaque recoin portait l'empreinte d'une vie paisible. Les murs étaient décorés de souvenirs faits main : une couverture tissée par sa mère, des sculptures en bois que son père avait taillées durant les longs hivers.

En bas, sa mère, Elara, s'activait déjà près du feu de l'âtre. C'était une femme au regard tendre mais perçant, toujours attentive, toujours inquiète. Ses cheveux châtain clair, souvent attachés à la hâte, montraient quelques mèches grisonnantes, bien que son visage restât doux malgré les années.

— Kaël ! Descends donc, le pain va refroidir !

Il entendit aussi les rires légers d'Aurore, sa petite sœur. Un tourbillon d'énergie pure. Curieuse de tout, toujours en train de poser mille questions, elle apportait une lumière particulière à la maison.

Kaël descendit l'escalier de bois, l'odeur du pain et du lait chaud lui tirant un sourire malgré la brume de sommeil. Son père, Alrik, l'attendait à table, déjà prêt à partir aux champs. Un homme robuste, le dos voûté par des années de labeur, mais dont le regard restait plein de fierté et de bienveillance.

— Bien dormi, fils ? demanda-t-il en coupant une large tranche de pain.

— Oui, je crois...

Il mentait. Les rêves flous, les images de lumière et cette fissure dans le ciel hantaient encore son esprit, même s'il n'osait pas en parler.

— Tu viens m'aider aux cultures après ? Le blé a besoin d'être retourné avant la pluie de demain.

Kaël acquiesça, mais son regard s'attarda sur la fenêtre. Le ciel était clair, pourtant une étrange pression pesait dans l'air. Quelque chose d'indéfinissable.

Aurore tira soudain sur sa manche.

— Kaël, tu m'accompagnes au bord de la rivière après ? Je veux ramasser des galets, tu sais, ceux avec les formes rigolotes !

Elara intervint avec un sourire fatigué :

— Laisse ton frère tranquille, ma chérie. Il a du travail.

– Mais j'peux venir aussi ! Je serai sage, promis !

Kaël haussa les épaules, amusé.

– On verra, Aurore. Si je finis tôt avec papa... 

La matinée se poursuivit ainsi, dans une simplicité tranquille, mais une tension sourde persistait au fond de son esprit. Quelque chose n'allait pas.

Le soleil était à son zénith quand Kaël retrouva Vanir, comme convenu, près de l'ancien puits du village.

– T'as l'air préoccupé, mon vieux. Lança Vanir en croquant dans une pomme volée au marché.

– Non, rien de spécial... Juste fatigué. Répondit Kaël, mentant à nouveau.

Vanir haussa un sourcil, sceptique.

– Tu sais que tu mens aussi mal qu'un poulet boiteux ?

Kaël esquissa un sourire malgré lui.

– C'est rien, je t'assure.

Ils passèrent l'après-midi à discuter de tout et de rien. Vanir racontait une fois de plus ses "exploits" imaginaires : comment il avait, soi-disant, affronté un renard géant ou évité de justesse la chute d'un arbre en forêt.

Mais Kaël n'écoutait qu'à moitié.

Le poids dans sa poitrine s'intensifiait.

Comme un avertissement silencieux.

Quand ils se séparèrent à la tombée du jour, le ciel prenait une teinte étrange.

Un rouge plus profond, presque anormal. Kaël hésita un instant, observant l'horizon, puis secoua la tête.

Ce n'est rien... Juste mon imagination.

La nuit était tombée quand Kaël se retrouva seul, longeant la rivière à nouveau.

Le silence était presque oppressant. Pas un souffle de vent. Pas un chant d'oiseau.

Il s'assit sur son rocher habituel, laissant son regard errer sur la surface noire de l'eau.

Et c'est alors qu'il le sentit.

Un frisson.

La même sensation qu'il avait eue quelques jours plus tôt.

Sauf que cette fois, c'était bien réel.

Le ciel, au-dessus de lui, semblait... se plier.

Comme si la nuit elle-même se déchirait.

D'abord infime, une fine ligne verticale apparut, noire contre le noir, déformant l'air autour d'elle. Puis elle s'ouvrit davantage, révélant un éclat de lumière aveuglant.

Kaël se leva, le cœur battant à tout rompre.

Un bruit sourd, lointain, se fit entendre. Un grondement profond, comme si la terre elle-même retenait son souffle.

Puis la fissure s'ouvrit complètement.

Quelque chose en tomba.

Non... Quelque chose chuta.

Un fragment.

D'un blanc incandescent, brûlant l'air sur son passage.

Kaël voulut fuir.

Mais il ne pouvait plus bouger.

Comme figé.

Le fragment fondait droit sur lui.

Un cri lui monta à la gorge, mais aucun son ne franchit ses lèvres.

La lumière dévora tout.

Une explosion silencieuse.

Puis plus rien.

Le corps de Kaël s'effondra sur l'herbe humide.

Le fragment frappa Kaël de plein fouet.

Et le monde plongea dans l'obscurité.